Commune Rurale de KARANGANA 18374 visites
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MONOGRAPHIE DE LA COMMUNE

Lundi 20 Juillet 2009 - 18:45:17

I - INTRODUCTION

Comme toute les communes rurales du Mali, la commune de Karangana a été créée en 1997 dans la mise en œuvre du processus de décentralisation adopté par les autorités de la troisième république. Située à l’ouest du cercle de Yorosso, elle recouvre l’ancien territoire du canton du même nom plus les villages de Torosso et de Omasso. Elle s’étend sur environ 216 km2. La commune rurale de Karangana regroupe aujourd’hui neuf (9) villages sur une rayon d’environ onze (11) kilomètres. La population, essentiellement composée de Minyanka. Ce qui donne naissance à un fonds culturel authentiquement riche.

 

Située en zone soudanienne, la commune connaît un climat tropical humide, favorable à l’agriculture céréalière et cotonnière.

L’élevage sédentaire est également pratiqué. Si dans l’ensemble la commune est accessible, les routes reliant les différents villages à l’intérieur, font défaut surtout quand on sait que la commune est parcourue par d’importants cours d’eau.

 

Sur le plan commercial, les foires hebdomadaires, (surtout celle de Karangana) constituent d’importants lieux d’échanges et de rencontres.

 

Le secteur culturel reste dominé par un riche terroir caractérisé par la croyance aux divinités et une variété de musique jouée à l’occasion des cérémonies initiatiques et des réjouissances populaires.

 

La commune dispose de dix premiers cycles, trois centres d’éducation pour le développement (C E D), d’un second cycle et d’une medersa.

 

Le registre touristique reste peu fourni.

 

Le centre de santé de Karangana est la seule structure sanitaire adéquate de la commune.

 

Plaque tournante du cercle de Yorosso, la commune de Karangana souffre de plusieurs lacunes qui ont pour nom : enclavement, couverture sanitaire précaire, manque d’infrastructures scolaires ainsi que d’enseignants, de locaux adéquats, et de matériels didactiques.

 

II - APERCU HISTORIQUE :

            Créée en 1997, la commune de Karangana regroupe les villages de l’ancien canton du même nom à l’exception de Torosso et de Omasso. Elle doit son nom au village de Karangana qui se traduit par Kahaan qui signifie en langue locale « bamaara » : la concession ou la grande cour. Cette grande cour englobait alors six villages en plus du chef  lieu. Il s’agit des villages de :

-         Bénégorola (Benikmukahaan)

-         Bérésso (bèkahaan)

-         Kafona (Kafono),

-         Kian,

-         Noupinésso (Nubikahaan)

-         Sinkolo (Segori).

Ayant pour population autochtone les Minyanka, ces villages sont d’origines diverses. C’est ce qui explique la présence des principaux patronymes qui ont tendance à expliquer l’origine de chaque village. Il s’agit notamment des Koné, Barré, Dembélé, Sanou, Goîta, auxquels s’ajoutent les Berthé, Bèrè, Cissouma, Traoré, Konaté et Daou.

L’homogénéité de la population a donné naissance à un fonds culturel authentique centré autour des divinités censées être les protectrices des communautés. Divinités qui interviennent dans l’attribution des prénoms. Les jours et les grands évènements interviennent également dans l’attribution des prénoms. Ainsi, on a le prénoms Nagokmu, composé du préfixe Nago (grand divinité des chasseurs) plus Kmu (troisième garçon). Les prénoms sont au nombre de sept pour les garçons : Zié, Zanga, Kmu, Bèguè, Dogo, Bahi et Nya ; et de sept pour les filles : Nyéré, Gnogo, Gniré, Bèrè, Do, Zi et Nya. Comme les divinités, les jours interviennent également dans l’attribution des prénoms. Pornya est le prénom du septième garçon né un vendredi. Il en est de même pour les grands évènements. Tianzanga est le prénom du deuxième garçon né le jour du marché : Tian signifiant en langue locale marché. Ainsi toute circonstance coïncidant avec la naissance d’un enfant, peut intervenir dans l’attribution de son prénom. Cela traduit que le prénom est très significatif chez les minyanka.

 

III - EPOQUE RECENTE :

            Avec ses neuf villages, la commune rurale de Karangana est dirigée par un maire entouré de conseillers communaux. L’instance exécutive est le bureau communal. Il est responsable de l’exécution des décisions administratives, économiques et techniques au niveau de la commune.

 

 

IV -  ART ET CULTURE

a)      ART :

L’aspect artistique est très riche et reste dominé par l’artisanat traditionnel et la musique.

Le terroir musical des minyanka est basé sur divers instruments parmi lesquels on peut retenir :

-         le balafon (jegehe),

-         les instruments à corde (gbogoho),

-         les instruments à percussion (pugnè, bèfoho, tayaha, puzanha)

-         les maracas secs (shaha, sitiannanha)

-         le racloir (kanha).

Ces instruments sont joués à l’occasion des réjouissances et des funérailles. Certains sont réservés aux divinités  (nango et nya essentiellement).

Aujourd’hui, beaucoup de villages ont perdu ces instruments à cause de l’influence islamique.

 

L’artisanat constitue le deuxième élément de l’art minyanka. Il est caractérisé par les tissages (étoffes, cordes, paniers, nattes), le travail du fer et du bois (œuvre des forgerons), la poterie et la maçonnerie, la couture, le travail du cuir, la teinture (fèrègè gaha).

 

            b) CULTURE :

L’espace culturel minyanka est assez riche.

Le mariage très simple dans le temps est fait pour l’éternité. Il consistait en de longues fiançailles. La petite fille dès sa naissance était destinée à un garçon. Le mariage se faisait suivant le choix des parents. La dot, très symbolique se limitait à quelques cauris. Toutes les autres contributions se faisaient sous forme de dons ou d’aides. Elles consistaient en des dons de poisson fumé ou de viande à l’occasion de l’excision de la jeune fiancée. Les aides se traduisent par des séances de cultures dans le champ du beau-père une fois chaque hivernage. La cérémonie de mariage se déroulait sans tambours et trompettes. La nouvelle était accompagnée chez son époux par une de ses tantes et un de ses sœurs cadettes. Elle était reçue dans la belle famille par la plus âgée des femmes avant de regagner la case nuptiale. Les prestations dans le champ des beaux-parents se poursuivaient jusqu’à ce que la nouvelle mariée ait un enfant qui atteigne l’adolescence. Il revient alors à ce dernier d’aider ses oncles maternels une fois l’an.

A l’origine le minyanka est polygame. Contracté pour l’éternité, le mariage est soumis au lévirat (leguroho).

Les cérémonies de baptême se résumaient à des offrandes aux divinités ayant parrainé la naissance du nouveau né.

Les rites initiatiques occupent une place de choix dans la société minyanka. Ceux-ci commencent par la circoncision ou l’excision. Après cette étape, le jeune garçon est soumis à l’épreuve du kori (sorte d’examen pour rentrer dans la classe des HOMMES) et à l’initiation aux divinités. Au même stade la petite fille entre à l’école de la vie auprès des matrones.

L’habillement du minyanka est très rudimentaire. Pour les hommes, il se résume en un boubou et un pantalon en cotonnade. L’habillement de la femme reste dérisoire et se limite à un seul pagne de cotonnade. La camisole est récente chez la femme minyanka. Ainsi, l’habillement se limitait au seul cache-sexe, bande de cotonnade passée entre les jambes dont le reste est enroulé autour de la ceinture. Ceci était propre à l’homme qu’à la femme. En langue local, il est appelé « fananha ».

Aujourd’hui cette tendance a disparu avec les influences occidentale et musulmane.

Très tôt , le jeune enfant intègre l’école de la vie : garde des champs et des animaux pour le jeune garçon ; vaisselle et autres petits travaux domestiques pour la petite fille.

Dans la cosmogonie « minyanka », la mort est perçue comme un simple voyage. C’est pourquoi les funérailles donnaient lieu à de grandes réjouissances. En plus, plusieurs messages étaient transmis au défunt à l’adresse des ancêtres. Il lui était recommandé de veiller également sur les autres parents vivant ici bas. Les mannes des ancêtres faisaient l’objet des grandes offrandes car ils perturbaient la vie des vivants ici bas. La durée des funérailles était fonction de l’âge et de la position sociale du défunt. La tombe était aménagée à l’image des tombes pharaoniques d’EGYPTE avec plusieurs galeries. Tout cela traduisait la croyance à la survivance dans l’au-delà. Mais toute personne qui mourait sans avoir terminé la série d’initiation à laquelle elle est soumise, ne méritait point une sépulture digne de ce nom. Il était de même pour la femme qui n’a jamais enfanté.

Les diables et les génies occupaient également une place de choix. On les retrouvaient dans l’eau, dans la forêt et dans l’air. Ils constituaient, après les animaux, les héros dans les contes autour du feu. Ils sont bons et sont alors vénérés. S’ils sont maléfiques, ils sont hais et craints par les hommes. Toutes ces croyances sont aujourd’hui foulées au pied du mur à cause de l’influence grandissante des religions étrangères et de l’école Européenne.

 c -  LE TOURISME : 

            Le carnet touristique est très pauvre et reste dominé par les restes d’anciens hauts fourneaux, les bois sacrés (existant dans chaque village). Il existe aussi quelques marigots sacrés avec des caïmans ou des poissons sacrés. Il s’agit du puits naturel de Féguéréla (quartier de Karangana), du marigot FAWARA de Diaguérésso (Karangana) et de Kafona. Par ailleurs, les grottes de Noupinésso constituent un élément pittoresque non négligeable du carnet touristique où tout le village se cachait au moment des guerres entre tributs .

Chaque village possédait ou possède son animal protecteur très vénéré (Kulizhe). Les minyanka sont aussi de grands pratiquants de la science occulte.

V – Activités Féminines :

Les femmes bien que réunies en association, n’ont aucune structure les permettant de s’épanouir. Il s’agit notamment de :

-        centre de formation (alphabétisation, tricotage, bonneterie, couture, etc.…)

-        pas de moulin ou de presse karité

-        le maraîchage qu’elles pratiquaient auparavant, a été abandonné faute de moyens.

VI - STRUCTURES EXISTANTES :

            Plaque tournante du cercle de Yorosso, Karangana possède son école depuis la période coloniale (1935). La commune totalise dix premiers cycles, trois centre d’éducation pour le développement (CED), un seul second cycle et une medersa.

            A coté de l’école existe un centre de santé peu performant pour toute la commune. La maternité souffrant du manque cruel de personnel qualifié est très peu fréquentée. Aujourd’hui le centre de santé dispose d’un dépôt pharmaceutique.

            L’infrastructure industrielle reste dominée par l’usine d’égrenage de coton et la minoterie (grand moulin) gérée par les associations villageoises (AV).

« Kafojiginè » joue le rôle de structure bancaire et financière.

V – DEFIS :

            Malgré l’existence de ces quelques structures socioéconomiques, la commune de Karangana reste confrontée à de sérieux problèmes de développement. Problèmes qui ont pour nom :

-         enclavement,

-         précarité de la couverture sanitaire,

-         faible taux de scolarisation due manque de structures adéquates

-         manque cruel d’eau potable,

-         désagrégation du tissu culturel,

-         absence totale de structures sportives.

                        VI - PERSPECTIVES

            La commune de Karangana recèle d’importantes ressources socio-économiques qui demandent à être valorisées. Il s’agit entres des plaines cultivables, le riche patrimoine culturel, la jeunesse qui ne demande qu’à s’épanouir par la création d’avantage d’écoles et de structures sportives et socioculturelles. Les braves paysans ont besoin d’un encadrement adéquat pour mieux gérer les ressources du coton.


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Auteur
GOITA
Bamako
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